Comment repérer un discours manipulateur et renforcer son propos

Pourquoi un concept répété mille fois passe mieux qu’une idée énoncée une seule fois

Je suis le premier à le reconnaître : sur ce blog, je reviens régulièrement sur les mêmes points. J’explique notamment pourquoi dans l’article « Bien-être, magnétisme, concepts : comment aller de la complexité à la simplicité ». Certes, ce n’est pas parce qu’une idée est énoncée mille fois qu’elle est forcément plus véridique qu’une autre qui n’aura été énoncée qu’une seule fois. Bien des mensonges ou demi-vérités, mises en avant de façon incessante, finissent par être considérées par certains comme des vérités. Il n’y a qu’à voir la secte de Raël, qui prétend être l’élu du peuple extra-terrestre, mais aussi les scientologues ou les mormons, pour ne parler que d’eux.

De façon moins dogmatique (quoi que ?) il en est de même pour la publicité. On nous a convaincus que nous avions besoin d’objets dont nous ignorions totalement l’existence il y a encore quelques années. On nous a également inculqué des associations d’idées.

Exemple : moment festif autour d’une table en été = bouteille de coca.

Cette association d’idée, je ne la fais plus… mais je l’ai pourtant longtemps subie !

Pour les fumeurs, l’association est : pause relaxante, moment convivial = cigarette. De fait, certaines personnes très communicatives et détendues sont en même temps de gros fumeurs.

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Des schémas qui entrent dans l’esprit… malgré soi

Autre exemple parlant : la musique. Lorsque l’on écoute un titre à la radio, la première fois on n’est pas forcément enthousiaste. Mais… La production a signé un partenariat avec la station. Un partenariat « matraquage » (ce n’est pas le terme officiel, mais ça mériterait de l’être) faisant en sorte que votre station préférée se met à passer le titre tous les jours… et même plusieurs fois par jours. Parfois une fois par heure ! Sans même s’en apercevoir, d’écoute en écoute, on se met à aimer le refrain. On le garde en tête, on le chantonne. Et hop ! En un rien de temps, le titre est devenu un tube. Ça ne fonctionne pas à tous les coups, mais c’est une vieille recette qui reste toujours d’actualité.

On peut également convaincre ainsi quelqu’un d’une idée politique, simplement en lui répétant un discours simple, à peu près toujours le même, sur des semaines et des mois durant. Cela a notamment été le cas pour…
– Le mariage pour tous, où le peuple à la base peu séduit par l’idée, y est finalement devenu largement favorable.
– Le vote « 100 % anti Le Pen » du second tour des présidentielles de 2002, où presque tout le monde s’est rué vers les urnes, à force de pression médiatique et sociale.
Là encore, ce n’est pas infaillible. Par exemple, malgré le battage médiatique pour le Oui au traité européen, le Non l’a emporté. Ceci dit, le système fonctionne plus souvent qu’il n’échoue.

Alors, est-on manipulé simplement à force de se voir répéter une idée ou un concept ?

Pas nécessairement. En fait, il faut tout d’abord repérer la façon dont la personne ou le média s’adresse à vous :

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Les 4 points essentiels pour repérer un discours manipulateur (et construire un propos argumenté)

1 – Est-ce toujours la même idée répétée, avec les mêmes mots ?
Si oui, méfiance. On est bien dans une sorte d’hypnose ou de message subliminal, qui s’ancre dans le subconscient à force d’être répété.

2 – Les mêmes mots-clés reviennent-ils toujours et sont-ils culpabilisants ?
Si le langage est peu varié et que les arguments sont toujours les mêmes, prudence. En fait, bien souvent le discours manipulateur cherche à vous complexer. Il sait que vous pourriez avoir des réticences à accepter l’idée. Pour contrer cela, des mots-clés répétés cherchent à vaincre toute résistance. Par exemple avec des mots tels que : « tolérance », « liberté », « ouverture ». Ils sont très puissants ! Ceci afin de faire intégrer à votre subconscient que si vous n’êtes pas d’accord, c’est que vous manquez d’ouverture et de tolérance. Simple, mais efficace. Méfiez-vous toujours des termes trop portés sur l’émotionnel ou la culpabilisation.
Un exemple très classique est le recours à l’extrême-droite ou la seconde guerre mondiale. « Ceci ? Les nazis le faisaient » / « Une telle liberté, on ne l’avait pas en 39-45 ». Sous-entendu : si vous n’êtes pas d’accord, vous êtes plus proche des nazis que de ma pensée. Le piège est grossier, et pourtant il fonctionne encore.

3 – Le concept évoqué l’est-il en des situations et contextes très divers ?
Si oui, c’est bon signe.
Exemple : telle personne est végétalien convaincu, et vous en discutez régulièrement avec elle.
. Si à chaque fois elle ne sait que vous parler de respect de la vie et de souffrance animale, vous avez affaire à une militante forcenée (en général ce ne sont pas les plus futés). On cherche à vous faire culpabiliser, à vous dégoûter de la viande. On peut avoir tort ou raison dans l’absolu, mais l’approche n’est pas honnête.
. Elle vous parle… de tout ! Les bienfaits du végétarisme, des recettes, vous propose de partager un repas, vous explique comment elle se sent bien dans son corps et dans sa tête, écoute vos arguments, vous donne quelques conseils pour réduire votre consommation de viande…
Vous avez affaire à une convaincue, qui n’est pas extrémiste et n’éprouve aucune haine envers ceux qui ne pensent pas/n’agissent pas comme elle. Son discours, qu’on y adhère ou non, est d’emblée bien plus intéressant.

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4 – Les arguments s’accompagnent-ils de contre-arguments ?
Pour défendre un point de vue avec brio, on doit prendre en considération l’ensemble des éléments. Si par exemple on veut défendre l’abolition de la peine de mort, on ne peut pas argumenter uniquement sur les condamnations d’innocents, et les nombreux malheureux cas qui en résultent. On ne peut faire l’impasse sur les contre-arguments classiques, comme par exemple celui que certains assassins, dans les pays où il n’y a pas la peine de mort, sortent un jour et récidivent. Lorsque l’on construit une argumentation en prenant tout en compte, on renforce son pouvoir de persuasion car on anticipe les arguments contraires. De plus, on vérifie ainsi que l’on est bien en phase avec sa propre conviction, qu’il n’y a aucun point gênant sur lequel on préfère faire l’impasse. Et dans le cas où il y en a, le mieux est de savoir remettre ses convictions en question.

Étudiez ces 4 points, et vous parviendrez à ne plus vous faire manipuler aussi facilement, d’une part… et à renforcer vos capacités d’argumentation, d’autre part. Cela vous sera utile pour bien des pans du quotidien.

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