Attentats : le piège de l’hyper-commémoration

Petit retour, une fois le gros des émotions passé, sur certains événements traumatisants de 2015…

Attentats, tendresse & solidarité… « Et moi ? »

Chaque drame d’envergure a tendance à entraîner une réaction somme toute très saine au cœur de la population. L’envie de se rapprocher les uns des autres, de s’enlacer, de se dire des mots doux. On parle d’amour, d’amitié et de câlins. Certes, ce ne sont pas les seules réactions. Hélas ! On voit également des déchaînements de haine, notamment sur Internet, où l’on peut lire des milliers de commentaires agressifs, racistes et menaçants (les commentateurs des News Yahoo sont spécialistes en ce domaine).

Le second type de réactions montre que nous nous laissons trop facilement dominer par notre colère.
Le premier type montre que nous sommes une société en évolution. Évolution lente, certes, mais évolution tout de même.

D’aucuns considéreraient cela comme naïf, « Bisounours », un peu hypocrite. Généralement, les gens sont néanmoins sincères. Surtout, n’oublions pas qu’il s’agit-là de réactions émotionnelles. Tendresse, amour, chagrin, colère ou haine ne sont pas des réactions réfléchies. Ce sont des sortes de réactions « réflexes ». C’est pour cela qu’il faut savoir accueillir nos émotions avec bienveillances, tant positives que négatives.

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Ceci dit, je connais d’emblée l’amertume que ressentiront tous les laissés pour compte du pays en voyant cela. Tous ceux qui souffrent, sont seuls, à la rue, totalement démunis. Et il n’y a pas que les sans abris. Des hommes et femmes se trouvant dans un état de grande détresse, on en trouve en réalité partout. Il y en a de tous âges, et s’il est vrai qu’on en rencontre davantage parmi les précaires, il y en a également de toute situation.

Chaque année, en France, on compte environ 10.000 personnes qui meurent par suicide. Ce qui est énorme. L’équivalent de près d’une dizaine de journées d’attentats du 13 novembre à Paris. L’équivalent de deux ou trois 11 septembre. Non pas exceptionnellement, mais chaque année. Non pas dans le monde entier mais dans un seul pays !

 

Tout événement entraîne un contre-événement

…Que ce contre-événement soit visible ou non. Lorsque les gens se massent et agissent, même symboliquement, le contre-événement est visible. Lorsque cela se passe dans nos échanges quotidiens, dans nos consciences, nos habitudes… il est bien plus insidieux. Il peut se percevoir, s’installer l’air de rien, et rester en partie invisible.

Le revers de la médaille, face à cette mode des « hugs » qui s’opère après chaque drame, est que plus on parle d’amour et de partage, plus les laissés pour compte se sentent abandonnés. C’est logique de part et d’autre :

. De notre côté, nous n’allons pas spécialement aller voir n’importe qui dans la rue pour le serrer dans nos bras ou lui demander comment il va. Nous allons plutôt le faire vis à vis de nos proches, de notre famille, de nos amis. C’est parfois l’occasion de renouer avec celles et ceux avec qui on n’avait plus parlé depuis longtemps.

. Du côté des laissés pour compte, voir tout cet amour autour de soi fait bien souvent encore plus souffrir. Car cet amour nous met alors en face de notre manque d’amour. C’est le même effet produit lors des fêtes de Noël. La fête de la famille, de la fratrie : ceux qui sont seuls et n’ont pas/plus de familles s’en sentent d’autant plus meurtris.

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C’est toujours le même paradoxe : ceux qui auraient le plus besoin d’amour en sont le plus écartés. Et concernant tous ceux qui pourraient sombrer dans l’extrémisme religieux, là encore le souci est le même : autour d’eux ils ne récoltent qu’incompréhension, voire haine. Alors qu’ils seraient sans doute les premiers à avoir besoin d’amour.

 

Commémorations : joie d’un côté, colère de l’autre

Nous sommes une fois de plus dans la loi de l’équilibre, la loi du Yin-Yang. Tout déséquilibre entraîne un rééquilibrage. Concernant les laissés pour compte, un amour sincère mais mal dosé d’un côté entraîne, de fait, un surplus de mal-être d’un autre côté. Concernant le monde, un excès de commémorations entraîne automatiquement un excès de ressentiment.

Il va de soi qu’en France, les résidents du pays sont plus touchés par ce qui arrive près de chez eux que ce qui survient à des milliers de kilomètres. Ce n’est pas un sentiment égoïste, c’est simplement logique. De la même façon que vous seriez bien plus touchés par le décès d’un membre de votre famille que par le décès d’un membre de ma famille. Personne n’estime qu’une vie, dans l’absolu, en vaut plus qu’une autre, simplement certains drames nous touchent plus que d’autres, pour des raisons géographiques, temporelles ou personnelles.

Mais que le monde entier commémore un drame survenu dans un pays là où le monde ne commémore pas d’autres drames tout aussi conséquents (voire bien pires encore en terme de nombre de morts) survenus dans d’autres pays, tout cela crée du ressentiment. Là encore, de façon automatique. Déséquilibre d’un côté, rééquilibrage de l’autre. L’équilibre peut se trouver dans l’harmonie tout comme dans la disharmonie.

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Pistes pour dépasser le stade de l’émotionnel et rééquilibrer le monde

Les pistes que je vais évoquer sont très modestes. Je n’ai pas la prétention de détenir la vérité ou la solution qu’il nous faut. Je ne fais que constater et réfléchir. Une fois le constat effectué, que faire ? Voici ce que je peux vous conseiller :

– Lorsque vous êtes pris de compassion face à un drame, élargissez cette compassion à l’échelle du monde. Songez également à toutes les erreurs et horreurs que l’humain a commis, et sur lesquelles il n’a toujours pas fait son mea culpa. Comme par exemple pour la bombe atomique lancée sur Hiroshima, ou plus récemment le fait d’avoir armé des groupes terroristes à travers le monde.

– Lorsque cette compassion vous donne des envies d’amour et de partage, n’allez pas toujours au plus facile. Resserrez plus encore les liens avec vos proches, certes. Mais allez également voir les autres. Pourquoi pas un voisin qui vit seul et aurait peut-être besoin d’un peu d’attention ?

– Œuvrez à des objectifs ne s’adressant pas qu’aux vôtres. Autrement dit : ne s’adressant pas uniquement à ceux de votre classe sociale, de votre tranche d’âge ou ayant vos goûts. Essayez d’ouvrir votre vision des choses, d’être davantage dans un vrai brassage et un vrai mélange. (Exemple : si vous donnez des cours de yoga uniquement à des « bobos » parisiens, faites en sorte que des chômeurs banlieusards puissent également venir).

– Enfin… méditez, faites du magnétisme, priez, envoyez des pensées d’amour partout dans le monde, sans regardez à qui. Souriez, efforcez-vous d’envoyer aux autres des énergies positives, autant à vos proches qu’à des inconnus.

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