Pourquoi nous aimons le système alors que nous pensons l’inverse

Les trois grandes illusions de la « contre information »

On entend souvent cela depuis quelques années. « Les gens en ont marre du système, ils s’en détournent » / « les médias alternatifs commencent à effrayer le système » / « une révolution se met peu à peu en place par Internet et via différents réseaux »… Etc.
Vraiment ?
Depuis le temps qu’on en parle, cette soi-disant « révolution », il serait grand temps de la faire. Malheureusement ou heureusement, je n’y crois absolument pas. Si nous sommes dans un monde en transition, je ne pense pas que nous sommes proches d’une révolution, pas plus que d’une guerre mondiale ou civile. En France, nous nous berçons nous-mêmes dans nos illusions, car le français est facilement râleur. On peste contre le système, nos politique, notre société… Alors qu’en fait, nous participons chaque jour à son maintien. Voyons cela de façon plus concrète…

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Des chiffres trompeurs : en réalité, le public aime le système !

Il suffit de regarder les chiffres des médias officiels pour se prouver le contraire.
Début 2016 :
Chaîne Youtube de BFM TV : 130 millions de vues.
Chaîne Youtube de France 24 : 124 millions de vues.
Chaîne Dailymotion de France Info : 23 millions.
Chaîne Dailymotion de France inter : 112 millions.
En y additionnant quelques autres médias officiels (chaînes Youtube et Dailymotion de France 2, TF1, D8…), on dépasse très rapidement le milliard de vues. Ceci sans compter les audiences télé, les audiences radios, les visionnages de replay en ligne, les visites de sites internet et les ventes/distribution papier.
(Pour être encore plus clair et ajouter un exemple parlant : les seules vidéos de Cauet approchent du milliard de vues ! Si : à elles seules !)
Les médias dits « alternatifs » les plus connus ont quelques dizaines de millions de vues. En les additionnant tous (ce qui est déjà en soi bancal car certains sont très opposés les uns aux autres) on arrive à tout casser à quelques centaines de millions de vues… et encore, grand maximum. On pourrait se dire que ce n’est qu’un début. Seulement, cela fait maintenant plusieurs années qu’ils sont présents, et s’ils sont parvenus à s’installer durablement, ils ne parviennent nullement à faire concurrence aux gros médias, loin de là. Au contraire, lorsque les gros médias n’en parlent jamais, l’audience des médias alternatifs stagne.

L’anti-système aidé par… le système

Un exemple frappant est le cas Dieudonné. À une époque, lors de son apogée (clairement retombée depuis), l’homme se vantait d’avoir une audience qui concurrençait le système. Certaines de ses vidéos Youtube, dépassait effectivement le million de vues, voire même plusieurs millions pour une seule vidéo. Admettons, les chiffres sont les chiffres. Mais grâce à qui ? Grâce au système, et uniquement grâce à lui. En une semaine, nous avions eu la totalité des médias titrant sur Dieudonné (je ne plaisante pas : la totalité), ainsi que des discours anti-Dieudo lancés par Manuel Valls, d’autres politiques de tout bord, et jusqu’au président de la république lui-même ! Suite à cela, l’audience de l’humoriste s’est effectivement étendue pendant un temps, en toute logique. C’est vraiment à croire que le système a souhaité le promouvoir plutôt que le mettre à bas. Je ne m’étendrai pas trop sur ce point, ce n’est pas mon propos et on me prendrait à mon tour pour un conspirationniste :-). Néanmoins, les faits parlent d’eux-mêmes : une structure non médiatisée obtient une audience relativement confidentielle. Une structure médiatisée voit son audience exploser. C’est bien pour cela que tout le monde cherche à faire du « buzz ». Sortir un livre qui fait polémique, par exemple, il n’y a rien de mieux pour un auteur. Songeons également au formidable coup de pub que Raël s’est fait lorsqu’il a annoncé qu’un être humain avait été cloné en Israël ! (« Information » qui s’est révélée fausse, bien entendu).

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Une alternative… qui en est rarement une

Quel est l’objectif exact d’un média alternatif ? Difficile à dire… De façon très terre à terre, on peut parfois y voir une simple façon de faire du bizness. Vendre des livres, monétiser une chaîne ou même récolter des dons. Pour les autres médias indépendants, il faut distinguer ceux qui créent l’information de ceux qui la relaient. De nombreux médias prétendument alternatifs ne font en réalité que relayer des informations de médias officiels. Pour exemple, c’est principalement le cas de Fdesouche.com, qui n’est rien d’autre qu’une revue de presse spéciale « insécurité ». Les auteurs du site se bornent à fouiller la presser mainstream et à sélectionner uniquement les articles parlant de clandestins et d’agressions ! Surfer chaque jour sur de tels sites ne sert qu’à entretenir un climat angoissant dans son quotidien.
Il y a ensuite les médias qui créent de l’information, publient, organisent des reportages, documentaires et conférences. Ceux-là sont, dans leur principe même, bien plus intéressants. Ceci dit, la plupart du temps ils se contentent d’informer et de dénoncer, sans rien proposer de particulier. Leur utilité est donc fort limitée.

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Conclusion : la VRAIE raison de notre amour du système

Pourquoi donc rejeter un système qui tourne et fonctionne ? Ne faudrait-il pas être un peu masochiste ? Vous me direz, oui mais le système est en cours d’effondrement… il fonctionne de moins en moins, et bientôt ne fonctionnera plus du tout. Qui sait ? J’ignore de quoi demain sera fait. Ceci dit, j’entends parler d’effondrement total depuis 2008, et remarque que notre monde, bon gré, mal gré, se maintient. Nous avons à manger, de quoi sortir, nous vêtir, nous abriter, nous chauffer. Nous pouvons sortir de chez nous sans nous faire agresser, nous pouvons nous offrir quelques loisirs et plaisirs. Moins qu’avant ? Cela dépend pour qui. Globalement moins qu’avant, oui sans doute. Néanmoins, nous continuons de vivre dans une abondance et un confort tout à fait acceptables. Tant que ce sera le cas, le public n’aura aucune raison de se tourne massivement vers une information contestataire. Qu’il s’agisse de médias politiques, écolos ou basés sur le bien-être, la décroissance ou autre. Le jour où la crise sera réellement profonde et marquée, nous nous tournerons automatiquement vers d’autres schémas de société. En fait, nous seront alors « forcés » pour ainsi dire, à consommer, penser, agir différemment. Et donc à voir la vie d’une autre manière. En attendant, l’immense majorité d’entre-nous continuera à accepter le système tel qu’il est.

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