Quelques extraits choisis de mon recueil « Petites histoires pour chasser les mauvais esprits »…
Interlude d’instant
Criard, blafard, l’écran me le dit :
Dans deux minutes le train sera là
Il n’arrivera jamais
Je serai parti avant
Car d’une main puis de l’autre
Je compte l’éternité
Et les deux minutes qui me séparent du départ
S’éternisent
Deviennent grandes comme Paris
Comme le pays, le monde, l’univers même
Englobent tout
Tout entier
Et les notions humaines ne sont plus
Car l’infini plus l’infini
Ne font jamais que l’infini
J’attends. Tout le temps
Il n’arrivera jamais
Une demi-heure tout au plus
Pour te rejoindre
Ou cent ans ou cent siècles
Rien qu’un éternel répit
Avant de te retrouver
Pour t’embrasser
Il n’arrivera jamais
Pendant ce temps moi je meurs
Jésus crie
Il est revenu le prophète en son temps
Et il n’est pas content
Mais alors pas du tout
Nous avons tout fait de travers
Ce n’était pas dans le contrat
Il va vous faire un procès du feu de dieu
Nos ancêtres vont en avoir des fourmis
Le repentir ? Trop tard
C’était bon pour avant
Ce n’est plus le moment
Fallait pas faire n’importe quoi
Le voilà preuves à l’appui :
Depuis plus de deux-mille ans
Tout le monde use et abuse de mon nom
Sans autorisation
Sans commission
Sans permission
J’en fais une réclamation
Personne n’a songé à me demander
Les prières sont toutes pour vous
Il n’y en a toujours que pour vous
Jamais pour moi
Personne, non personne n’a demandé
Pas même le pape
Ah, ça !
Ça va saigner
J’ai une armée d’avocats aux anges
Acérant leurs crocs
Affinant leurs ailes
Les donneurs de leçons en prendront pour leur grade
Et en auront pour leurs frais
Rendez-moi, rendez-moi tout
Tout ce que vous m’avez pris
Les effigies à mon image ce n’est rien
Mais le reste !
Vos problèmes, vos buts, vos complexes
Vos perversions et vos envies
Vous avez tout fait passer par moi
Enfin quoi
Je ne suis pas un passage piéton
Tout juste un passage clouté, et encore
Après tout je ne suis qu’un homme
Doté, il est vrai
De quelques pouvoirs
Et justement je suis bien tenté
De vous envoyer au diable
L’addition
L’addition ? Voici voici
Patience, elle arrive
Ne sois pas si pressée
C’est pas le genre de la maison
L’addition
Même si on ne la demande pas
Elle arrive
Même si l’on n’a rien commandé
Paf, un jour survient
Où l’addition est sur la table
Et pas question
De quitter les lieux sans la régler
Tout de même, tu n’allais pas
Te nourrir à mes frais pour l’éternité
A quoi bon retarder le moment à présent
J’ai été attentif, zélé
J’ai tout noté et tout y est
Ou presque
Allez, on arrondit à ton avantage
Je te fais cadeau de quelques détails
Sans oublier le principal
Faisons les comptes :
Une pinte de mépris, un dessert de manipulation
Une salade de méchanceté, une blanquette de lâcheté
Le tout à volonté
Et tant encore
Que ce serait trop long à raconter
Toute la réserve des cuisines y est passée
Allons, lève-toi et jure : la vérité, toute la vérité
Eh oui, en fait
Nous ne sommes pas dans un restaurant
Mais un tribunal
Celui qui juge le parjure de l’esprit
Le crime invisible et indivisible
Le méfait si malin
Si joliment ficelé
Qu’il ne porte même pas son nom
Le crime perfide et calculé
Qui pousse le cerveau à devenir fou
J’ai été mis à terre
Mais suis au moins fier
De n’être
Ni au banc des accusés
Ni à l’échafaud du condamné
La guerre est déclarée
Au début ? Il n’y avait rien. Rien ou peu s’en faut.
Quelques électrons voyageaient libres, çà et là
Sans se soucier du qu’en dira-t-on
Ni joie ni peine, ni questions ni réponses
Tout était simple et limpide
Etait-ce imaginable que la moindre poussière ne vienne…
Troubler cette atmosphère ?
Poussière ou non quelque chose est arrivé
Qu’a-t-il pu survenir pour que la tension monte ?
Nul ne sait. Les suppositions vont bon train
Seule certitude
Elle a tant monté
Que tout a fini par exploser…
L’infamie s’est produite
On ne saura jamais comment
Ainsi naquit la création
Dans la violence et la destruction
Des milliards d’années plus tard
Ça explose toujours
En un big « bang » silencieux mais assourdissant
Ici et ailleurs, partout
C’est la guerre… elle n’a jamais cessé
Dans ma tête, la tienne, la leur,
Pour toute l’éternité peut-être
La guerre est déclarée
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